Albanie XV : Taçi Pano, le poète, a passé 21 ans en prison

Suite du chapitre XIV texte d’Edith Canestrier publié dans Marie Claire en décembre 1991

Et si beaucoup de déportés ne savent pas pourquoi on leur a fait ça, c’est aussi, tout simplement, parce qu’on pouvait faire de la prison, devenir prisonnier politique, pour une vétille, pour rien.

Taçi Pano abrite ses soixante-deux ans et sa vie de galérien derrière d’énormes lunettes. Il a le cuir tanné, les joues mangées d’une barbe drue, et rase, et, à l’écouter, on a l’impression de lire une version albanaise de « La plaisanterie », du romancier tchèque Milan Kundera. Taçi est poète, mais il n’a pas eu beaucoup de temps pour exercer ses talents : vingt et un ans de prison. Et pourquoi ? Pour un poème justement, un poème d’amour. Taçi avait dix-sept ans, il aimait la fille d’un général, elle était riche, lui pas. En 1946, en Albanie, on n’avait pas à aimer les bourgeois. Le bourgeois était haïssable. Taçi n’en avait cure. Il aimait sa belle. Il l’a dit et écrit à tous les vents. « Les jeunes communistes m’ont battu et on a dit que j’avais des mœurs bourgeoises. J’ai été expulsé du lycée. » Taçi ne s’en est pas laissé conter. Il a demandé à poursuivre ses études hors de Tirana, à Gjirokastër. La condamnation est tombée en même tant que le refus. La ville est proche de la frontière. Verdict : six ans pour avoir assurément envisager de la passer. À sa sortie, Taçi n’est pas retourné à Tirana. « J’ai été déporté à Saver ». Cinq ans plus tard, le relégué rentre chez lui, passe son bac et se marie. On est en 1959. Taçi est toujours poète. Mais maintenant, il ne parle plus d’amour mais de révolte. Il est arrêté en 1964 pour des textes qui n’ont pas plu. Propagande anti-socialiste : cinq ans. À sa sortie il est déclaré « ennemi du peuple », il n’a plus le droit de mettre les pieds à Tirana. Il a un gamin, mais désormais, c’est un paria. Sa femme, par peur de la relégation a fait, dès son arrestation, ce qu’ont fait beaucoup d’autres, ce qu’il était vivement « préconisé » de faire par les agents de la Segurimi (police secrète) : elle a divorcé. Taçi travaille au combinat métallurgique d’Elbasan, et, pour une raison qu’il ne dit pas, et peut-être même qu’il ne sait pas, il est arrêté à nouveau,  est condamné encore à dix ans de prison pour « agitation et propagande ». Le poète voulait parler aux journalistes, il lève le nez, il a fini : « C’est ça ma vie « . Quand on lui demande s’il a revu son gamin, il sourit : « Il  m’attendait à la sortie de prison, j’ai cru que c’était un neveu. Il m’a dit : j’ai vingt-quatre ans, je suis ton fils. »

The poet Taci Piano is liberated after 21 years in prison.. Albania. first fame strike of the former political prisonners (during the communist regime) in Tirana indoor stadium. the new governement has liberated all the political prisoner , but they have nothing to survive

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