Albanie XVIII : « les quatre cents coups »

Ce jour-là, il pleuvait comme dans un roman de Kadaré.  Je me rendais à l’usine « Enver Hoxha », une usine stratégique, enterrée à flanc de montagne, à la sortie de Tirana. Sur la route, je me souviens m’être arrêté pour faire quelques images, devant un bâtiment vraiment délabré dont toutes les fenêtres étaient à nu. Tout à coup, j’ai vu débouler une joyeuse bande d’enfants rigolards et bruyants. J’ai alors compris que cet édifice qui m’avait semblé à priori abandonné était en fait une école, l’école Shkoze. Les gamins étonnés étaient ravis de rencontrer des visiteurs étrangers dans leur coin perdu.

Vingt-huit ans plus tard, Dritan Laci, un ami journaliste, a reconnu ses copains d’école sur une de mes photos. Il m’a alors proposé  d’organiser une rencontre avec ses amis, à l’occasion de ma prochaine visite en Albanie. 

Albania Tirana . Four former school children in front of their former school Shkoza Primary school 30 years later… hpetim sallaku, Enton Rizvani, Bledi Dibra, Altin Hasa dec 1 2020

Quelques semaines plus tard, nous nous sommes retrouvés devant un bâtiment tout neuf, en plein cœur de Tirana. L’école d’autrefois était située au centre d’un village, dans la ferme agricole  «Gjergj Dimitrov». 

Albania Tirana . Dritan Laci with former school children in front of their former school Shkoza Primary school 30 years later… hpetim sallaku, Enton Rizvani, Bledi Dibra, dec 1 2020

Après avoir rassemblé les quatre compères, j’ai essayé de reconstruire la photo que j’avais prise vingt-huit ans auparavant. Ça ne fonctionnait pas ! Finalement nous avons discuté, du présent, de la corruption et surtout de leurs histoires personnelles. Un des garçons m’a avoué avoir été élevé par ses grands parents. Après la fuite à l’étranger de son père qui était artiste, sa mère avait écopé de dix ans de prison, 

La suite, c’est Dritan Laci qui la raconte :

« Les photos de Michel Setboun ont rendu cette histoire bien réelle, j’étais vraiment ému de retrouver les visages de mes amis d’enfance. C’était la fin de la dictature,  je regardais par la fenêtre,  j’ai vu les camions de l’aide internationale qui s’arrêtaient devant l’école. Avec mes amis, nous nous sommes précipités. Dans notre classe, il y avait  un gros paquet de vêtements posé devant le tableau noir. Nous étions tous prêts à sauter dessus pour récupérer les plus beaux habits. La maîtresse nous a arrêtés dans notre course vers son bureau.

Nos sourires se sont figés quand on l’a vue déchirer rageusement le paquet pour s’emparer des plus beaux vêtements en nous laissant les restes.

J’ai récupéré un jean trop long.  Mais, une fois dans la rue, j’étais tellement fier de parader avec ce pantalon que je ne voulais surtout pas le raccourcir, je le trouvais trop beau.

Les jours suivants, nous avons reçu d’autres  lots de vêtements, des jeans qui étaient de bien meilleure qualité que nos pantalons « socialistes ». Ils avaient plein de poches et de nombreuses pièces colorées cousues, devant, derrière, sur les genoux. On pouvait ensuite descendre la rue à fond sur nos voitures bricolées, en freinant avec nos genoux, sans se faire mal.

C’étaient des jours heureux. Nous dormions avec nos pantoufles multicolores. Notre grand-père émerveillé ne nous envoyait même pas au lit car lui aussi voulait nous admirer dans nos nouvelles tenues. « 

(J’ai essayé de retrouver l’esprit du texte en Albanais de Dritan Laci à l’aide d’une traduction Google assez approximative)

Albania under the communist regime. End of the school day in the farm «Gjergj Dimitrov» outside Tirana.
Albania under the communist regime. End of the school day in the farm «Gjergj Dimitrov» outside Tirana.
Albania under the communist regime. End of the school day in the farm «Gjergj Dimitrov» outside Tirana.
Albania under the communist regime. 176 to 1 78- End of the school day in Tirana. / sortie des écoles à Tirana / R00220/136 L2360 / R00220 / P0001313

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